Une laborieuse entreprise

C’est l’histoire d’un couple… Un homme, une femme, 25 ans de vie commune, d’habitudes, de petites joies, d’amour aussi probablement, de bonheurs à bon marché comme ces vacances rituelles en camping où l’on croit vivre autrement parce qu’on dort autrement. Mais voilà… parfois il suffit d’un infime grain de sable - la visite inopinée et pathétique d’un voisin encombrant - et tout se détraque : les deux petites planètes isolées dans la moiteur nocturne d’un été israélien (mais cela pourrait se situer -presque- n’importe où) vont entrer en collision. La nuit sera blanche : on s’insulte, on se déchire, on s’éloigne… Lui, pleure et l’accuse de tous ses maux, elle, subit, regimbe, mais s’obstine à lui insuffler toutes les raisons de vivre…ensemble. Et dans une aube un peu glauque déjà saturée de chaleur brumeuse, ils vont se retrouver…enfin…oui, se retrouver.

Magnifiée par l’humour féroce de l’auteur et une lucidité qui n’empêche pas la tendresse, cette banale scène de ménage se révèle exemplaire à plus d’un titre : d’abord comme tableau de ces petites gens dont Hanokh Levin s’est plu a dépeindre la quête éperdue d’amour et de bonheur ; ensuite (et peut-être surtout) comme métaphore des profonds clivages qui traversent tous les niveaux de la société israélienne, cette société que l’auteur ne s’est jamais privé de critiquer puisqu’il débute au théâtre en écrivant des satires politiques qui lui vaudront autant d’inimitié que d’admiration. C’est d’ailleurs ce second aspect qui a servi de ligne de force à mon travail avec les comédiens : nous nous sommes appliqués à rendre visible, « lisible » ce mouvement perpétuel d’union-désunion qu’est la guerre domestique, par un jeu métaphorique, non-réaliste, une scénographie peu fidèle aux didascalies de Levin mais totalement fidèle à sa conception du théâtre comme art total.

Enfin, sous l’apparente banalité de la situation et la drôlerie acide et crue des propos, Hanokh Levin brosse le tableau chaotique et dérisoire de l’humaine condition : coincée entre les vicissitudes de la vie et ses aspirations « héroïques », entre le désir d’action et l’incapacité d’agir, elle subit, se rebelle, titube, se relève, mais avance, cahin-caha, vers la fin commune, ne gardant le plus souvent au bout du chemin que le goût amer de l’occasion manquée. Mêlant rire et cruauté, il nous tend le miroir où chacun de nous peut apprendre à reconnaître et à aimer la part de rêve, d’aveuglement, de courage et de lâcheté qui est en lui. Sa part d’humanité, en quelque sorte…

Myriam Azencot, Metteur en scène

Avec
Yann Denécé
Alain Vidal
Luciana Velocci Silva


Mise en scène
Myriam Azencot

Prochaines dates de spectacles :

  • Mesquer (44) Festival Rafale d'été : 27 juin 2009 à 20h30
  • Lanester (56) Festival du Pont du Bonhomme : 20, 21, 22 juillet
  • L’Archipel (Fouesnant) les 26 et 27 novembre
  • Plozevet (29) salle Avel Dro : 06, 07 décembre
  • L’Estran (Guidel) février 2010
  • Le Roudour (St Martin des champs) février 2010
  • La Paillette (Rennes) février 2010
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