Notre lieu de travail



Au Théâtre du Miroir, nous rêvions d’un lieu.
D’un lieu à nous, d’abord pour y pouvoir travailler et aussi, d’un lieu qui nous ressemble, c’est-à-dire qui aille dans le même sens que le théâtre auquel nous croyons. Nous étions fatigués de dépenser tant d’énergie à s’installer provisoirement dans des salles polyvalentes inadaptées et sans âme pour quelques heures ou quelques jours. Un lieu pour se poser, travailler et développer nos projets, un lieu pour inviter et recevoir le public, un lieu pour imaginer des voyages avec un public enfant, jeune et adulte, un lieu pour recevoir d’autres compagnies, d’autres projets amis que nous aimons, un lieu pour réinventer le quartier, ouvrir l’appétit à des publics bien éloignés du théâtre. Nous rêvions d’un lieu débordant de vie.
Durant quatre années (de 2002 à 2006), grâce au soutien de l'Espace Culturel Leclerc et de son directeur Emmanuel Pottier nous avons investi un ancien bâtiment industriel rebaptisé « La friche du possible » grâce auquel nous avons pu développer nos projets auprès de différents publics : répétitions, formations, ateliers avec des adultes, des enfants, toutes sortes de gens que nous ne voyons jamais au théâtre. Nous avons accueilli des troupes : Apsaras Théâtre (Bordeaux) y a installé sa yourte pour nous conter ses histoires d’Afghanistan, André Degaine est venu avec ses petits dessins raconté 2500 ans d’histoire du théâtre, Philippe Avron a joué ses histoires de quartier, Marcel Jouannaud et kerfy Trouguer ont jeté les bases de leur beau voyage musical. Nous avons créé « Les enfants de Guésar », un spectacle racontant l’exil des enfants tibétains vers l’Inde du nord avec une classe de CM2 de l’école Jacques Prévert, le musicien tibétain Tenzin Gönpo et le compositeur breton Hervé Lesvenan. Nous avons fait des apéros-concerts pour les gens du quartier. Nous avions entamé des pistes de réflexion sur la place et le rôle du théâtre au niveau local, départemental. Tout cela était en chantier comme l’est, par nature, le théâtre. Mais la ville de Quimper qui n’a pas de désir en avait un tout à coup. Nous enterrer. Alors, avec acharnement, mauvaise foi et sans autre courage politique que celui de contraindre et de punir, elle a brandi le spectre « sécuritaire ». Notre lieu ne répondait pas aux « normes de sécurité ». La friche du Possible ne ressemblait pas à ce que doit être un théâtre : froid, formel, formaté, un peu guindé, un peu branché avec les mêmes têtes et la même consanguinité du public et les directeurs qui vont avec. Malgré nos travaux (le chantier magnifique mené avec des jeunes apprentis du bâtiment de l’AFOBAT), nos combats hors nos murs (le cabaret citoyen « Personne ne bouge ! ») et la belle présence du public mais sans argent et sans courage politique de la ville sans désir, nous avons dû fermer nos portes en janvier 2006 dans notre lieu (malgré l’interdiction du maire M. Alain Gérard) lors d’une soirée baptisée « Adieu Quimper ! ».


Nous n’avions jamais vu autant de gratin politique qu’à cette soirée. Beaucoup d’élus (de gauche !) qui n’avait jamais mis les pieds dans notre friche auparavant étaient présents avec poignée de main de soutien et de compassion. Nous avons reçu quantité de lettres de soutien et puis, nous avons rendu les clefs. Evidemment, ce fût un coup terrible pour nous et surtout cet abandon, ce manque de courage, de volonté politique à vouloir trouver des solutions car il y a toujours des solutions nous le savons bien nous, artisans du théâtre. Chaque création est un panier à problèmes pour lesquels il nous faut, patiemment, trouver des solutions. Sans lieu, il nous faut continuer car notre désir de théâtre est plus fort que tout. Continuer, autrement.

Bien sûr, ce n’est plus le même projet. Nous n’étions que posés à Quimper et nous ne nous sommes jamais amputés de nos propres ailes. Qu’importe. Un lieu ne fait pas le théâtre. C’est un outil, important, nécessaire mais beaucoup de villes en France ont des « équipements culturels » (c’est beau non ?). Combien peuvent revendiquer y faire vivre des « artistes », des compagnies, des troupes permanentes ? Combien sont des accoucheurs de vie ? Pour l’instant, nous continuons, sur ce territoire du Finistère où nous sommes. On nous appelle des intermittents du spectacle. Pour nous, ça ne veut absolument rien dire. Nous souhaitons être des artisans à plein temps et remettrent chaque jour notre cœur à l’ouvrage. Notre accueil à L'Archipel de Fouesnant est la poursuite de cette aventure, sous une autre forme, de ce théâtre que nous aimons. 

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